01.03.2006

Google et la recherche d'information presse

Aujourd'hui, c'est de notoriété (cf le billet daté du 16.01.2006 "Google et l'information professionnelle") : les entreprises utilisent de plus en plus les moteurs de recherche - et Google en particulier - pour repérer des contenus presse.

On peut penser que dans ce contexte les acteurs classiques de "l'information professionnelle" ne resteront pas sans réagir. D'ailleurs, la réaction s'organise déjà :

  1. d'un point de vue légal, du côté des éditeurs qui intentent des actions en justice à l'égard du moteur de recherche au motif que ce dernier permet à tout internaute d'accéder gratuitement à un contenu commercialisé par ailleurs par ces mêmes éditeurs et leurs intermédiaires
  2. d'un point de vue marketing, avec le développement de plates-formes d'agrégation de fils d'information, de dépêches et plus largement de contenus presse, voire de rumeurs.

Première élément d'appréciation : jusqu'à récemment l'information produite par les éditeurs était diffusée sur le marché par l'intermédiaire de services d'agrégation. Les principaux étant proposés par les sociétés Lexis Nexis, Thomson Business Intelligence et Factiva.

Arrêtons nous quelques instants sur cette dernière (filiale de Reuters et Dow Jones) dont le positionnement est on ne peut plus clair : réorienter les recherches en environnement professionnel effectuées par les "iWorkers" vers des solutions professionnelles qui garantiront un accès à une information non accessible depuis des sites internet gratuits. Dans ce contexte, Factiva développe via un livre blanc ("The Hidden Costs of Information Work" - avril 2005) un argumentaire déjà servi par d'autres acteurs de l'information professionnelle (c'est de bonne guerre) sur les coûts cachés en matière de recherche et de gestion de l'information suivant le principe que mieux vaut souscrire à un service d'agrégation qui remonte des informations validées que de rechercher sur le "web ouvert" (nonobstant gratuit) des informations que l'on ne trouve pas et qui engendrent des coûts (temps homme) non négligeables.

La solution proposée par l'agrégateur a pour dénomination : Factiva Search 2.0. L'interface de recherche est proche de celle que propose les principaux moteurs de recherche et la partie résultat est agrémentée de filtres qui permettent d'organiser plus efficacement l'information remontée par catégorisation de celles-ci, le tout dans un contexte de navigation simple. Cette interface balaie un fonds constitué de près de 9.000 sources de presse et plus de 3.500 sites d'actualité en ligne. Des alertes sont paramétrables par ailleurs.

Précision : ce type de service - qui à l'origine s'adresse à des veilleurs et documentalistes en entreprise - est proposé aujourd'hui dans un contexte d'ouverture de la cible à des non-professionnels de l'information avec l'idée que ces personnes retrouveront une interface déjà connue (celle des principaux moteurs de recherche). Attention cependant le droit d'accès indique clairement que ce service s'adresse aux entreprises (compter plus de 2.800 euros par mois pour 15 utilisateurs). A ce prix là, pas sûr que l'argument des coûts cachés en "open web" soit suffisant pour recruter de nouveaux clients. La plate-forme est proposée depuis janvier en version bêta. A suivre ...

Deuxième élément pour étayer la réflexion : on peut penser que la réaction ne relève pas que du seul fait des intermédiaires et diffuseurs d'information professionnelle, mais aussi des éditeurs eux-mêmes. Force est de constater que ces derniers - les gros éditeurs tout du moins qui fondent leur notoriété sur des titres de presse reconnus dans leur domaine - sont engagés dans une tendance qui consiste à reprendre la maîtrise de la relation directe avec le client final (l'entreprise).

Assiste t-on sur le marché de l'information professionnelle à un match tripartite avec d'un côté les moteurs de recherche, de l'autre les éditeurs de contenus et les diffuseurs ou agrégateurs qui eux-mêmes jouent leur match ?

On peut aussi se demander si au final, Google n'est pas l'arbitre - pas franchement neutre - qui organise la confrontation et le marché au demeurant ?

Pour télécharger le livre blanc "The Hidden Costs of Information Work"

16.01.2006

Google et l'information professionnelle

On connaît la position quasi-hégémonique qu'occupe aujourd'hui Google dans l'environnement des moteurs de recherche sur Internet (sur le blog d'Abondance, il est fait état d'une part de trafic de 82 % pour la France).

Qu'en est-il des usages de Google sur le segment de l'information professionnelle ? Poser la question telle que revient à effectuer un distinguo entre Google en tant qu'instrument de recherche généraliste point d'entrée sur le web pour une recherche d'information de premier niveau et des outils de veille réputés plus sophistiqués notamment dédiés à un environnement professionnel. Reformulée autrement, la question pourrait être la suivante : Google peut-il s'intégrer dans une logique de veille et d'intelligence économique (IE) au sein des entreprises et organisations ?

Difficile de répondre de façon tranchée. Les avis divergent entre détracteurs et afficionados du moteur, et dépassent la simple opposition entre professionnels de la documentation et de la veille et utilisateurs courants.

Dans les faits, on observe : la volonté manifeste de Google de se positionner sur le segment de la recherche d'information en environnement professionnel avec ses déclinaisons Google Mini et Google Search Appliance. Peut-on dès lors parler de suites logiciel au même titre que les outils de veille proposés aujourd'hui sur ce marché par quelques éditeurs (dont certains sont regroupés au sein d'organismes professionnels tel le GFII).

Cette observation ne fait pas pour autant (tout du moins sur le papier) de Google un acteur de référence sur le marché de l'IE. En effet, nombre de professionnels de l'information opposeront à cette affirmation, le fait que Google ne balaye que l'ensemble des données rendues publiques par leurs producteurs versus le "web invisible" (celui des bases de données accessibles depuis des espaces privatifs). Autre élément différenciant Google des outils de veille : le fait que le moteur remonte une donnée brute de tout traitement et analyse ce qui pose le problème de la validation de la source émettrice.

Cependant, force est de constater - dixit une contribution d'A. Garnier dans le n° 218 de BASES (juillet-Août 2005) - que Google est devenu "le Modèle" de référence sur ce segment de l'IE en ce sens que le moteur de recherche est l'élément structurant du marché de l'information. Ou encore (en référence au billet du 28.11.05) le market maker qui impose son modèle aux autres acteurs de l'information.

Dans une logique de prospective, on peut légitimement se demander (tout comme A. Garnier) quel espace laissera Google aux acteurs traditionnels du marché de l'information ? D'autant que les éléments de différenciation avancés par ces derniers vis à vis du moteur (soit la capacité des outils de veille à valoriser, traiter, synthétiser, partager, diffuser et archiver l'information dans un environnement professionnel) sont passablement mis à mal avec les outils de travail collaboratif proposés dans le cadre des applications web 2.0

Dans ce sens, n'est-il pas opportun de se demander si Google peut être à l'avenir l'élément structurant d'un système d'information autour duquel diverses briques applicatives vont se greffer au gré des besoins de l'utilisateur ?

Quoiqu'il en soit, Google - de par sa simplicité d'utilisation et la gratuité de son usage pour effectuer des requêtes - est l'outil "qui a su démocratiser la recherche d'information" (A. Garnier) et constitue sans aucun doute la rupture attendue en matière d'IE. A tel point que certains experts du marché de l'information ont développé un véritable phénomène de "Google addiction" et s'interrogent aujourd'hui sur l'optimisation de son utilisation dans une logique de veille (j'utilise personnellement Google Alert pour remonter un information de nature concurrentielle).

La question reste ouverte pour les acteurs du marché de l'information professionnelle : Google, menace ou opportunité ?